Alors que l'horizon de 2027 a été fixé pour l'avènement de l'Eco, la monnaie unique de la CEDEAO, les voix discordantes se font de nouveau entendre depuis Abidjan. En plaidant pour une "monnaie commune" transitoire plutôt qu'une transition directe vers l'Eco, l'ancien ministre ivoirien Justin Koné Katinan ravive les soupçons d'obstruction de la Côte d'Ivoire face à un projet historique sans cesse repoussé. Entre impératifs d'intégration et persistance de l'ombre du franc CFA, décryptage d'un débat monétaire plus explosif que jamais.
Chronique d'un report perpétuel
Annoncée avec tambour battant pour remplacer le franc CFA, l'Eco est devenue au fil des ans le serpent de mer de l'intégration économique ouest-africaine. Initialement portée par les chefs d'État de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la mise en vigueur de cette monnaie unique a connu de multiples reports, le dernier en date repoussant l'échéance à 2027.Pour de nombreux panafricains et analystes économiques, ces reports successifs ne sont pas fortuits. Ils traduisent les résistances internes d'États membres, au premier rang desquels figure traditionnellement la Côte d'Ivoire, économie locomotive de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Alors que les critiques continuent de démontrer, preuves à l'appui, que le franc CFA demeure une monnaie coloniale française entravant la souveraineté financière des pays utilisateurs, l'attitude de la classe politique ivoirienne interroge.
Abidjan cherche-t-elle à étouffer le projet ?La sortie de Justin Koné Katinan : Un frein supplémentaire ou du pragmatisme ?Le débat vient d'être relancé par Justin Koné Katinan, ancien ministre ivoirien du Budget et cadre du Parti des peuples africains Côte d'Ivoire (PPA-CI). Plutôt que d'emprunter la voie directe vers la monnaie unique tracée par la CEDEAO pour 2027, l'homme politique préconise une approche qu'il juge plus prudente : la mise en place préalable d'une monnaie commune de règlement. Selon lui, cette étape intermédiaire serait indispensable pour solidifier les économies régionales avant d'envisager le grand saut :« L'Afrique de l'Ouest doit d'abord mettre en place une monnaie commune de règlement avant de passer à une monnaie unique. Une transition progressive renforcerait durablement l'intégration monétaire régionale. »Une telle déclaration, émanant d'un acteur politique de premier plan en Côte d'Ivoire, est perçue par les partisans de l'Eco comme une manœuvre de dissuasion de plus. En proposant de complexifier le calendrier et d'ajouter un sas de décompression bureaucratique et monétaire, certains voient une tentative manifeste de diluer dans le temps l'abandon effectif du système actuel.
Le dilemme d'Abidjan : Entre statu quo et émancipation
La position de Justin Koné Katinan met en lumière le grand écart que vit la Côte d'Ivoire face à son destin monétaire. D'un côté, la pression populaire et les exigences de souveraineté exigent la rupture définitive avec les vestiges de la colonisation. De l'autre, les élites technocratiques et politiques restent frileuses face aux risques macroéconomiques d'une transition jugée trop rapide. À l'approche de l'échéance critique de 2027, la question brûle toutes les lèvres : la Côte d'Ivoire est-elle prête à s'affranchir des vieux démons du passé colonial, ou continuera-t-elle, à travers des arguments de progressivité, de faire obstruction à l'avènement de l'Eco ? L'avenir de l'intégration ouest-africaine dépend en grande partie de la réponse qu'Abidjan donnera à cette injonction historique.





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