La rentrée scolaire se profile à l'horizon, charriant son lot d'angoisses habituelles, mais cette année, un parfum de tension particulièrement lourd flotte sur le système éducatif béninois. Alors que le Collectif des Aspirants aux Métiers de l'Enseignement (AME) monte au créneau pour réclamer des avancées sociales concrètes notamment une prime de rentrée et leur reversement tant attendu au fichier des Agents Permanents de l'État (APE) , la réponse des autorités compétentes a l'effet d'une douche froide. Loin d'apaiser la grogne, l'administration a exigé de ces enseignants une confirmation formelle de leur disponibilité via la plateforme Educmaster, sous peine de quoi... l'avenir nous le murmure déjà.
Entre revendications légitimes et injonction administrative.
D'un côté, la colère des AME est des plus compréhensibles. Ces enseignants, qui constituent aujourd'hui la cheville ouvrière de nos collèges et écoles publiques, vivent une réalité quotidienne marquée par la précarité. Ils portent à bout de bras des salles de classe souvent surchargées, palliant le déficit chronique d'enseignants titulaires. Leurs revendications — une prime pour aborder les charges de la rentrée et une sécurisation pérenne de leur emploi par le biais du statut d'APE relèvent du strict minimum syndical de la décence professionnelle.De l'autre, la réponse des autorités prend des allures de fin de non-recevoir stratégique. Au lieu d'ouvrir un dialogue constructif sur les conditions de vie et de travail de ces milliers de pères et mères de famille, l'injonction est tombée : valider sa disponibilité sur Educmaster ou se voir écarter.
La disponibilité ou le silence : une intimidation voilée ?Comment ne pas voir dans cette exigence administrative un moyen déguisé de mise au pas ? Dans un contexte socio-économique où l'emploi se mérite "aux cheveux de la tête", le rapport de force est intrinsèquement biaisé. « Confirmer sa disponibilité » sonne, dans les faits, comme un couperet brandi au-dessus de la tête des récalcitrants.Le message implicite envoyé par l'autorité est d'une clarté limpide : « À vous de choisir entre la contestation et votre pain quotidien ». Dans un marché du travail saturé où le chômage guette le moindre faux pas, le calcul est vite fait pour bon nombre d'aspirants. Ceux-là même qui, hier encore, portaient la voix de la contestation, se voient contraints de regagner sagement les rangs, de ravaler leurs revendications et de baisser pavillon, de peur de se retrouver purement et simplement radiés de la liste des potentiels enseignants.
Remplaçables à l'infini : la tragédie du travailleur précaire
Cette méthode met en lumière la vulnérabilité structurelle des AME. Savoir que des milliers de diplômés chômeurs piaffent d'impatience sur les berges de l'emploi public constitue une épée de Damoclès permanente. Pourquoi négocier avec des contestataires quand la réserve de main-d'œuvre est inépuisable et corvéable à merci ?En conditionnant la rentrée prochaine à un clic sur une plateforme numérique sous contrainte, l'administration étouffait dans l'œuf toute velléité de grève ou de protestation d'envergure.
Vers quelle école de la quiétude ?
À force de miser sur la peur, la résignation forcée et le bâton plutôt que sur la carotte de la motivation, c'est toute la quiétude du climat scolaire qui se trouve menacée. Un enseignant qui entre en classe la peur au ventre, hanté par le spectre du chômage et frustré par l'injustice de son statut, ne peut donner le meilleur de lui-même.La sécurisation de l'emploi des AME n'est pas qu'une faveur sociale ; c'est un impératif qualitatif pour l'avenir de l'école béninoise. Tant que l'on confondra gestion des ressources humaines et vassalisation par la précarité, les cloches de la rentrée sonneront moins comme un hymne au savoir que comme le glas de la liberté d'expression.





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