Quand la chambre haute s'érige en arbitre suprême des lois de la nation, la question de la légitimité démocratique se pose avec acuité.
L'installation officielle du Sénat à Porto-Novo, sous la houlette de l'ancien président Patrice Talon désormais aux commandes de cette nouvelle chambre haute, marque un tournant majeur et contesté de l'architecture institutionnelle du Bénin. Issu des récentes révisions de la loi fondamentale, ce parlement bicaméral rebat les cartes du pouvoir législatif. Parmi les prérogatives conférées à cette institution figure la vérification minutieuse des lois votées par l'Assemblée nationale avant leur promulgation. Une disposition qui suscite de vives interrogations : en voulant ainsi relire et filtrer le travail des députés, le Sénat formule-t-il, de facto, un cinglant désaveu envers l'intelligentsia et la légitimité des élus du peuple ?
Le règlement intérieur du Sénat et la commission des experts en questionValidé récemment et déclaré conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle (via la décision DCC 26-006), le règlement intérieur du Sénat structure les mécanismes de contrôle de cette nouvelle chambre. Au cœur des dispositions les plus controversées figure l'instauration d'une commission des experts à la solde du Sénat.Cette commission technique, composée de technocrates et de personnalités désignées et non élues, se voit confier la lourde tâche de décortiquer, amender ou contester les textes législatifs issus de l'hémicycle. C'est précisément ce point qui cristallise les craintes des observateurs de la vie politique béninoise.
Quand la démocratie perd son sens
En confiant à des personnalités non élues réunies dans des commissions d'experts le pouvoir de juger, de réorienter ou de bloquer des décisions prises par les représentants directs du peuple, l'architecture institutionnelle béninoise s'expose à un paradoxe démocratique majeur.La démocratie représentative repose fondamentalement sur la légitimité des urnes : les députés, élus par les citoyens, sont censés incarner la souveraineté nationale. Dès lors qu'une institution non élue, appuyée par des experts technocratiques, peut s'interposer et se substituer à la volonté de la représentation nationale, le suffrage universel perd de sa substance. Le citoyen est en droit de se demander si le vote de ses députés pèse encore lourd face à la balance d'une élite cooptée. Le Sénat, loin de jouer un simple rôle de sage régulation, risque ainsi de s'imposer comme un tribunal politique suprême, reléguant le Parlement à une simple chambre d'enregistrement sous tutelle.





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