La proposition de révision constitutionnelle visant à instituer un Sénat au Bénin, déposée par deux députés le 31 octobre, se heurte à un mur de contestation. Les trois principales centrales syndicales du pays ont uni leurs forces dans une lettre ouverte cinglante à l'Assemblée nationale, dénonçant une procédure « cavalier » et un calendrier qui soulèvent de vives inquiétudes quant à la légitimité démocratique de l'initiative.
L'unité syndicale face au projet de loi
La Confédération des Syndicats Autonomes du Bénin (CSA-Bénin), la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB) et l’Union Nationale des Syndicats de Travailleurs du Bénin (UNSTB) ont officiellement exprimé leur « vive opposition » au projet de loi. Portée par les députés AKE Natondé et ASSAN Seibou, la proposition vise à modifier la Loi fondamentale pour y intégrer une seconde chambre parlementaire.
Pour les travailleurs, cette démarche est perçue comme un passage en force qui discrédite le processus démocratique.
Une procédure « cavalier » dénoncée
Les syndicats fustigent le manque total de transparence et d'inclusivité qui a entouré la genèse de ce projet. Ils dénoncent une démarche menée « en fin de mandat » et, surtout, « sans consultation préalable ni débat public ». « Cette proposition intervient à la veille de la fin de règne d’un régime ayant exercé le pouvoir durant une décennie », rappellent les organisations, soulignant des « inquiétudes légitimes » quant aux motivations réelles et au timing de la réforme.
Pour les syndicalistes, l'ampleur d'une telle réforme institutionnelle ne peut se contenter d'une simple procédure parlementaire.
La réaffirmation du pouvoir souverain du peuple
Le cœur de l'argument syndical repose sur le principe de la souveraineté populaire. Les travailleurs béninois estiment qu’une révision constitutionnelle de cette importance doit impérativement être soumise à référendum.
Selon eux, le peuple est « seul détenteur de la légitimité constitutionnelle ».
Ils rappellent par ailleurs aux députés un principe intangible de la Loi fondamentale. Faisant référence à l’article 156, alinéa 2, ils stipulent que « la forme républicaine de l’État et sa laïcité ne peuvent faire l’objet d’une révision », suggérant que la modification de l'architecture institutionnelle de l'État doit respecter le fondement républicain.
Cette levée de boucliers des principaux représentants des travailleurs met une pression significative sur les députés. La lettre ouverte, rendue publique, place le débat sur la place publique et force l'Assemblée nationale à prendre en compte l'opposition catégorique d'une frange majeure de la société civile.
La suite du processus de révision constitutionnelle dépendra de la réaction des députés face à cette dénonciation d'une procédure jugée profondément « antidémocratique ».





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