La décision récente de l'exécutif de s'accaparer l'organisation de la Gaani, la célèbre fête coutumière des Baatonu célébrée à Nikki, suscite un profond émoi et soulève des interrogations légitimes. Au-delà du simple événement festif, c'est toute la philosophie de la gouvernance culturelle au Bénin qui est ici interpellée. À force de vouloir tout régenter, tout encadrer et tout centraliser, le gouvernement donne l'impression fâcheuse de se muer en un « renifleur d'opportunités », se ruant sur des initiatives communautaires et ancestrales qui n'ont, par essence, pas besoin de la tutelle bureaucratique de l'État pour vivre et rayonner.
L'illusion des retombées et le spectre des « Vodun Days »
Cette boulimie organisationnelle rappelle fâcheusement la trajectoire des Vodun Days, pompeusement lancés à grand renfort de milliards de francs CFA. Malgré les sommes pharaoniques injectées dans cette vitrine touristique, aucun bilan transparent et rigoureux n'a permis, à ce jour, de mesurer l'impact réel de ces dépenses sur le quotidien des populations locales ou sur la structuration durable de l'économie culturelle. Injecter des milliards ne suffit pas à créer de la valeur authentique si la base populaire et les gardiens légitimes de la tradition sont relégués au rang de simples spectateurs de leur propre patrimoine. Après la Gaani de Nikki, quelle sera la prochaine communauté dépouillée de ses prérogres et de son droit inaliénable à célébrer sa propre culture ? À ce rythme, le folklore et les traditions risquent d'être étatisés, aseptisés et transformés en produits marketing standardisés, perdant au passage leur âme et leur profondeur spirituelle et sociale.Une inversion des priorités économiques
Le rôle régalien d'un État soucieux du développement n'est pas de courir derrière les manifestations festives pour s'en approprier le lustre, mais de bâtir les fondations structurelles de la prospérité. Le gouvernement a tout à gagner et le pays avec lui en se concentrant sur ses missions fondamentales : créer des emplois durables, soutenir l'entrepreneuriat, stimuler la production locale et offrir un véritable cadre d'épanouissement économique. On ne peut prôner en permanence la culture du travail, de l'effort et de la rigueur tout en consacrant autant d'énergie, de temps et de ressources publiques à courir derrière des festivités. L'État doit laisser aux communautés, aux têtes couronnées et aux associations locales la gestion de leurs patrimoines vivants. Laissons la Gaani aux Baatonu, et que l'État se consacre enfin à ce qui relève de son véritable mandat : bâtir l'économie de demain.





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