Alors que l’État fixe des objectifs ambitieux de production et de transformation assortis de primes conditionnelles pour les filières clés, la question de la réalité quotidienne du monde rural se pose avec acuité. Entre infrastructures défaillantes, mévente du riz local et flambée des coûts des intrants, les producteurs ont le sentiment légitime que la course à la rentabilité macroéconomique prime sur leur survie et leur bien-être.
L'analyse minutieuse des critères stricts égrenés par la Chambre nationale d’agriculture du Bénin qu'il s'agisse du respect rigoureux des calendriers agricoles, des normes drastiques de séchage et de stockage, ou de l'obligation absolue de passer par des circuits formels — révèle un système exigeant mais profondément déconnecté des réalités du terrain. Pour espérer décrocher ces fameuses primes liées aux performances globales (comme les 10 FCFA par kilo de coton ou l'atteinte des quotas industriels de soja, de riz et d'anacarde), les exploitants doivent d'abord surmonter des obstacles structurels majeurs que ces mesures financières ne résolvent en rien. Comment exiger de la performance et de la traçabilité irréprochables lorsque de nombreuses pistes rurales demeurent impraticables pour évacuer les récoltes, que les unités locales de transformation font cruellement défaut, et que des tonnes de riz béninois pourrissent dans les magasins faute de débouchés et d'une préférence nationale affirmée ?Face à ce grand écart entre les indicateurs de performance affichés par les autorités et la précarité croissante de la paysannerie, le gouvernement gagnerait à réorienter radicalement sa stratégie en s'attaquant enfin aux problèmes à la base. Plutôt que de miser sur des primes sélectives qui ne profitent qu'à une infime minorité d'acteurs intégrés dans le système formel, l'action publique doit en priorité investir massivement dans la réhabilitation du réseau routier rural, diversifier et dynamiser les unités de transformation de proximité notamment pour le riz , et stimuler activement la consommation locale des produits nationaux. Ce n'est qu'en garantissant des marges de gain équitables face à la hausse du coût des intrants et en redonnant de la valeur au travail paysan que l'agriculture béninoise pourra véritablement s'émanciper, au service d'une prospérité partagée plutôt que d'une simple course aux volumes d'exportation.





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