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Justice au Bénin : La CRIET s’égare t’elle dans l’absurde?

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Un internaute a été interpellé et présenté à la CRIET pour une publication ironique concernant le lieutenant-colonel Pascal Tigri, recherché pour la tentative de putsch de décembre 2025. Un nouvel épisode qui illustre une dérive inquiétante de la répression au Bénin, où la liberté d'expression semble désormais considérée comme un crime de lèse-majesté.

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Hervé King

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Le jeudi 18 juin 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a ouvert ses portes à un homme dont le seul "délit" aura été de braver le sérieux des autorités sur les réseaux sociaux. En cause : une publication Facebook évoquant le lieutenant-colonel Pascal Tigri, figure de proue de la tentative de coup d'État du dimanche 7 décembre 2025, actuellement en fuite et sous le coup d'un mandat d'arrêt international.Dans son post, l'internaute lançait, non sans provocation : « Vous allez en souffrir avec Tigri mais vous ne pouvez rien faire. Il mange bien eba (Piron, ndlr) de l'autre côté ». Une boutade, une raillerie, ou peut-être un simple constat d'impuissance des services de sécurité face à l'insaisissable fugitif. Pour la justice béninoise, toutefois, l'interprétation a été toute autre : celle d'une apologie de coup d'État.La tentation de la répression totale. Ce qui frappe dans cette affaire, ce n'est pas tant le contenu du post que la célérité avec laquelle la machine judiciaire s'est mise en branle. Alors que le gouvernement a mis la tête de Pascal Tigri et de ses complices à prix — promettant la coquette somme de 20 millions de francs CFA pour toute information permettant leur arrestation — la traque semble s'être étendue aux simples commentaires numériques.À force de vouloir asseoir une autorité incontestée, la justice béninoise, et singulièrement la CRIET, semble s'enfermer dans une spirale de décrédibilisation. En traquant les moindres murmures sur Facebook, l'appareil judiciaire donne l'impression de s'égarer dans une paranoïa sécuritaire où chaque voix dissidente ou ironique est perçue comme une menace existentielle pour l'État.La privation de liberté est-elle devenue l'unique levier de gouvernance pour faire respecter la loi ? En multipliant les interpellations à tout bout de champ, le pouvoir en place ne semble pas renforcer sa légitimité ; il alimente, au contraire, le sentiment d'une justice devenue instrument de censure. Dans ce climat, le débat public se rétracte, étouffé par une peur du gendarme qui, loin de pacifier le pays, fragilise davantage le socle démocratique. Pendant que l'on traque les moqueurs sur le web, la question de la crédibilité des institutions, elle, reste cruellement entière.

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