La récente tournée des partis de la mouvance présidentielle pour « expliquer » à la population les motivations de la révision de la Constitution béninoise révèle une pratique politique qui interroge. Loin d’une démarche participative, cette initiative apparaît comme une mise en scène destinée à justifier a posteriori une décision déjà actée. Les députés de la majorité ont d’abord pris soin de voter la loi, plaçant ainsi le peuple devant le fait accompli, avant de se lancer dans une campagne d’explication.
Une logique d’intérêts de groupe
Au lieu de consulter leur base sur l’opportunité de retoucher à la loi fondamentale, les partis de la mouvance ont préféré satisfaire leurs propres intérêts. Cette démarche démontre que les formations politiques qui soutiennent le régime Talon n’ont que peu de considération pour la volonté populaire. Elles se comportent comme des exécutants aux ordres du chef de l’État, qui dicte sa loi comme dans une entreprise privée. Le président Talon lui-même avait annoncé son intention d’intervenir pour repositionner les députés démissionnaires du parti d’opposition
Les Démocrates dans les rangs de la mouvance. Ce geste, loin de renforcer la démocratie, encourage la transhumance politique et un militantisme sans conviction. Les élus deviennent interchangeables, non pas en fonction de leurs idées ou de leur fidélité à leurs électeurs, mais selon les besoins stratégiques du pouvoir. Ce mode de gouvernance illustre une démocratie confisquée, où les lois sont votées sans débat réel, où les partis politiques se réduisent à des instruments de légitimation, et où la contradiction est perçue comme une menace. Les exemples récents montrent que même au sein de la mouvance, les voix discordantes sont marginalisées, confirmant l’allergie du régime à toute opposition. Dans ce contexte, le peuple béninois est relégué au rôle de spectateur impuissant. Ses aspirations et ses inquiétudes ne sont pas prises en compte dans les grandes décisions qui engagent l’avenir du pays. La révision de la Constitution, censée être un acte fondateur et consensuel, se transforme en un instrument au service d’intérêts partisans. La démocratie béninoise, jadis saluée comme un modèle dans la sous-région, se trouve aujourd’hui fragilisée par une logique de pouvoir qui privilégie les calculs politiques au détriment de la souveraineté populaire. Ce glissement vers une gouvernance autoritaire, où la loi est dictée par un cercle restreint, est une dérive préoccupante. C’est bien dommage pour le peuple, qui voit son avenir décidé sans lui.
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