L’introduction du Sénat dans l’architecture institutionnelle béninoise, pensée pour contrôler l'Exécutif, se transforme en une véritable bombe à retardement politique. En passant le témoin à son successeur sans avoir réussi à constituer l'équipe de cette haute chambre, Patrice Talon laisse un héritage incomplet. Ce vide institutionnel stratégique place aujourd'hui Romuald Wadagni face à un dilemme crucial : activer un contre-pouvoir qui menace sa propre marge de manœuvre ou assumer le blocage.Habitué à une gouvernance verticale et pragmatique, le nouveau président Romuald Wadagni acceptera difficilement de voir ses actions limitées par une institution naissante. Installer le Sénat signifierait, pour ce technocrate, prêter le flanc à un contrôle rigoureux de ses réformes et de sa politique économique. La tentation est donc grande pour lui de jouer la montre et de repousser cette échéance afin de préserver l’autonomie totale de son pouvoir exécutif.C’est précisément autour de cette hésitation que se cristallise la guéguerre avec Patrice Talon. Pour l’ancien président, la mise en place rapide du Sénat dont la composition reste largement influencée par les élus issus de ses propres réformes représente le moyen idéal de maintenir un droit de regard et de sécuriser les acquis de sa gouvernance. Exiger l’activation de cette chambre équivaut, pour le mentor, à placer son dauphin sous surveillance démocratique et politique.Ce différend institutionnel marquera le point de rupture et de divergence majeure entre les deux hommes. Si Romuald Wadagni cède à la pression, il accepte une souveraineté partagée ; s'il résiste, il s'affranchit définitivement de la tutelle de son prédécesseur. Ce bras de fer autour du Sénat scelle ainsi la fin de l'unanimisme et actera, à coup sûr, le divorce politique entre le père de la Rupture et son successeur.
Installation du Sénat : Le terrain d’un bras de fer feutré entre Patrice Talon et Romuald Wadagni


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