Au détour d'un live sur le réseau social TikTok consacré à l'actualité et aux échanges avec les citoyens, le ministre et porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a commenté la tension sur le panier de la ménagère en invitant les populations à abandonner progressivement le charbon de bois face à la flambée de son prix pour se tourner vers des modes de cuisson alternatifs comme le gaz domestique. Une sortie médiatique qui, loin d'apaiser la grogne sociale, suscite de vives interrogations sur la connexion réelle des gouvernants avec les réalités socio-économiques du pays.En suggérant aux ménages de comparer la durée d'utilisation d'un sac de charbon à celle d'une bouteille de gaz, le porte-parole semble bien loin du quotidien des Béninois et donne l'impression de méconnaître profondément les contraintes structurelles du pays. Comment, dans un État qui ne produit pas son propre gaz et dont une grande partie de la population demeure analphabète, peut-on exiger des citoyens une transition énergétique aussi brutale sans un minimum d'accompagnement ou de pédagogie ? Pour beaucoup, le gaz reste un combustible perçu comme complexe, voire dangereux, dont l'utilisation est entravée par l'ignorance des protocoles de sécurité de base, dans un contexte où les services de secours peinent cruellement à se déplacer rapidement en cas d'incident domestique.De surcroît, cette injonction gouvernementale se heurte à des barrières économiques et logistiques vertigineuses. Le coût du gaz au Bénin demeure particulièrement élevé comparativement aux pays voisins de la sous-région comme le Niger, le Burkina Faso ou encore la Côte d'Ivoire. À cela s'ajoute une disparité territoriale alarmante : de nombreuses localités de l'intérieur du pays ne disposent tout simplement d'aucune infrastructure ni de point d'approvisionnement en gaz domestique. Même dans les grandes villes, le prix du précieux sésame varie souvent au gré de l'humeur des revendeurs sans qu'un véritable contrôle ne soit exercé. Dans ces conditions, demander aux citoyens d'arbitrer entre le charbon et le gaz relève d'une déconnexion totale.Plutôt que de botter en touche en évoquant des impératifs environnementaux à long terme ou l'exemple de pays africains où le charbon a disparu, le gouvernement serait mieux inspiré de s'attaquer aux causes profondes de la crise actuelle. La population attendait surtout des explications concrètes sur les raisons de la flambée du prix du charbon produit localement, ainsi que des mesures d'urgence pour soulager le panier de la ménagère. À défaut de faciliter la vie quotidienne de ses administrés, l'exécutif semble alourdir le fardeau des ménages avec des injonctions déconnectées des réalités du terrain. Le peuple béninois, confronté à la cherté de la vie, espère désormais une prise de conscience et une correction rapide de cette situation intenable.
Flambée du charbon de bois au Bénin : Wilfried Léandre Houngbédji connaît-il réellement les réalités socio-économiques du pays ?



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