Le paysage de la société civile burkinabè vient de subir un séisme administratif sans précédent. Par voie de communiqué officiel, le ministère de l’Administration territoriale a acté la disparition juridique de 118 entités privées. Ce coup de balai cible un spectre large, allant de l’humanitaire pur aux structures de protection des libertés fondamentales.
Un démantèlement de grande ampleur
La liste des structures rayées de la carte administrative témoigne de l’impact social de cette décision. Parmi les organisations touchées figurent des piliers du soutien aux vulnérables, tels que le collectif dédié aux élèves en situation de handicap, mais aussi des voix critiques comme l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) ou le groupement de veille sur les droits syndicaux. Cette mesure s'inscrit dans une dynamique de restriction amorcée dès l'année dernière, où une vingtaine d'organisations avaient déjà été contraintes de cesser leurs activités.Pour motiver cet acte, les autorités de la transition s'appuient sur l'arsenal législatif relatif à la sécurité nationale. L'argumentaire officiel repose sur la nécessité de tarir les flux financiers opaques : le gouvernement affirme agir pour prévenir le blanchiment de capitaux et, surtout, pour bloquer d'éventuels canaux de financement des groupes terroristes qui déstabilisent la région.
Entre impératif sécuritaire et contrôle socialCette accélération du processus de dissolution révèle une volonté manifeste du régime de centraliser la gestion de l’espace public. En brandissant la menace du financement occulte, le pouvoir de transition place les acteurs de la société civile sous une surveillance permanente. Si la lutte contre le terrorisme est une priorité indiscutable pour la survie de l'État, l'inclusion d'organisations caritatives et de défense des droits humains dans cette purge suggère une redéfinition du rôle des ONG. Pour Ouagadougou, toute structure échappant à un contrôle étatique strict est désormais perçue comme une faille potentielle dans la stratégie de défense nationale.Par ailleurs, cette stratégie semble viser la neutralisation de tout contre-pouvoir organisé. En ciblant des entités qui documentent les libertés syndicales ou les conditions de détention, le pouvoir réduit les canaux de médiation entre la base et le sommet de l'État. Ce resserrement administratif crée un vide que les institutions publiques devront combler, au risque de fragiliser davantage des populations déjà éprouvées qui dépendaient de ces aides associatives. À travers ces mesures radicales, Ibrahim Traoré dessine un nouveau contrat social où l'unité de commandement prime sur le pluralisme associatif. Le chef de l'État, Ibrahim Traoré, nourrit-il une aversion particulière envers le monde associatif ?





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