La vie politique béninoise vient de franchir une nouvelle étape institutionnelle avec l'ouverture, le 28 octobre dernier dans la grande salle du Dôme du Sofitel à Cotonou, de la toute première session ordinaire du Sénat. Placée sous la présidence de Patrice Talon — élu à la tête de la chambre haute le 6 août dernier —, cette rentrée parlementaire cristallise les tensions et ravive les débats sur l'avenir démocratique du pays. Alors que l'ancien chef de l'État, dont les deux précédents quinquennats ont été profondément marqués par des réformes controversées et une polarisation accrue de la classe politique, prône la stabilité et « l'apaisement », les critiques s'élèvent pour dénoncer une volonté manifeste de pérenniser un système autoritaire. Dans son discours inaugural, Patrice Talon a martelé que la stabilité politique et la sérénité des dirigeants suffisent à garantir l'efficacité des politiques publiques, affirmant que « le Bénin a trouvé son chemin » et que chacun a le devoir d'œuvrer au maintien du cap. Selon lui, le Sénat se veut avant tout « une institution d'apaisement de la scène politique, et rien de plus ». Une profession de foi qui masque mal, selon ses détracteurs, une ambition de verrouillage institutionnel. L'analyse de cette sortie laisse entrevoir que cet apaisement tant vanté s'apparente davantage à une exigence de non-objection face aux lois politiques et au pouvoir de sanctionner tout acteur, du sommet de l'État à la base, qui oserait s'écarter de la ligne tracée ces dix dernières années.Pour de nombreux observateurs et mouvements sociaux, cet appel à la paix civile, formulé au sommet, contraste cruellement avec la réalité quotidienne vécue par les citoyens. Le texte de ce discours d'ouverture n'a fait aucune mention des urgences socio-économiques et politiques qui minent le pays, qu'il s'agisse de la vie chère, du chômage des jeunes, de la faiblesse des salaires ou de la présence militaire étrangère. Plus grave encore, le sort des prisonniers politiques et le retour des nombreux exilés — des figures majeures de l'opposition envoyées en détention ou poussées à la fuite au cours de la décennie précédente — ont été totalement occultés, tout comme les critiques récurrentes visant la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), perçue par l'opposition comme un instrument de répression.Pourtant, c'est précisément sur ce terrain de la concorde nationale que Patrice Talon disposerait d'une occasion historique de faire œuvre utile. En pesant de tout son poids à la tête du Sénat, l'ancien président pourrait impulser et faire voter une loi d'amnistie générale. Une telle initiative permettrait non seulement de libérer les détenus politiques, mais aussi de faciliter le retour en toute sécurité des exilés, ouvrant ainsi la voie à une véritable décrispation de la vie publique. Au lieu de concevoir l'apaisement comme le silence imposé à un peuple écrasé et le musèlement des voix discordantes, l'institution sénatoriale trouverait là l'opportunité de panser les blessures d'une décennie d'intrigues politiques et de réformes contestées, redonnant ainsi un sens véritable et inclusif à la paix au Bénin.
Bénin : Le Sénat sous la houlette de Patrice Talon entre promesse d’apaisement et continuité despotique



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