Fracture au sommet du pouvoir sénégalais
Ce qui s’annonçait comme une alliance historique pour le renouveau démocratique au Sénégal semble aujourd’hui vaciller sous le poids des ambitions croisées et des divergences stratégiques. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, jadis unis dans une dynamique de rupture, exposent désormais au grand jour les fissures d’un pouvoir bicéphale.
Mardi, le chef de l’État a annoncé la révocation de Aïssatou Mbodj, coordinatrice de la coalition présidentielle, proche de Sonko, pour la remplacer par Aminata Touré
, ancienne Première ministre. Cette décision, justifiée par la nécessité de surmonter les « facteurs de division » internes, a été perçue comme un coup de force politique.Le lendemain, le parti Pastef, dirigé par Sonko, a répliqué avec virulence : « Le président n’a pas le pouvoir de démettre Mme Mbodj », affirmant que « Pastef et ses alliés ne se reconnaissent dans aucune initiative coordonnée par Mme Touré ».
Ce bras de fer révèle une tension institutionnelle inédite : qui détient réellement les rênes de la coalition au pouvoir ? Le président, garant de l’unité nationale, ou le Premier ministre, chef du parti majoritaire ? Cette querelle met en lumière une ambiguïté constitutionnelle et politique sur le partage des prérogatives au sein de l’exécutif.
L’épisode Mbodj-Touré pourrait marquer un tournant. Ce n’est plus seulement une divergence de personnes, mais une lutte pour le contrôle de l’appareil politique. Diomaye Faye semble vouloir affirmer son autorité présidentielle, tandis que Sonko défend l’autonomie de son parti et de ses réseaux.
Les observateurs s’interrogent : la coalition Diomaye Président survivra-t-elle à cette épreuve ? Ou assiste-t-on à la fin d’une cohabitation idéologique qui n’a jamais trouvé son équilibre ? Le peuple sénégalais, qui a massivement soutenu cette alliance lors de la présidentielle de mars 2024, pourrait se retrouver désabusé face à ces querelles internes. La promesse de rupture et de gouvernance participative risque de s’effriter si les leaders ne parviennent pas à transcender leurs ego pour préserver l’intérêt national. Ce conflit révèle une vérité politique souvent tue : les coalitions victorieuses ne sont pas toujours des coalitions gouvernables. Et au Sénégal, la lune de miel entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble bel et bien céder la place à une lune de fiel.





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