Paul Biya réélu pour un huitième mandat : stabilité politique ou illusion démocratique ?
Le président camerounais Paul Biya, âgé de 92 ans, a été officiellement reconduit à la tête du pays pour un huitième mandat consécutif, après avoir obtenu 53,66 % des suffrages lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Cette victoire, annoncée par le Conseil constitutionnel, confirme une longévité politique exceptionnelle, mais ravive les débats sur l’état de la démocratie au Cameroun, où l’alternance semble de plus en plus illusoire.
L’alternance au pouvoir : un principe vidé de sa substanceDepuis 1982, Paul Biya incarne une figure de pouvoir quasi inamovible. Malgré la tenue régulière d’élections, la compétition politique reste déséquilibrée : l’opposition peine à exister, les recours sont systématiquement rejetés, et les résultats sont souvent contestés. En 2025, Issa Tchiroma Bakary, principal adversaire, a revendiqué sa propre victoire, dénonçant des irrégularités dans le processus électoral.
L’alternance, pilier de toute démocratie, devient ici un leurre institutionnalisé, où les mécanismes électoraux servent davantage à légitimer la continuité qu’à offrir une réelle possibilité de changement.
Stabilité politique : un atout ou un verrou ?
Le régime de Biya se présente comme garant de la stabilité dans une région marquée par des crises sécuritaires. Le Cameroun fait face à des défis majeurs : insécurité dans les régions anglophones, menaces terroristes dans l’Extrême-Nord, tensions sociales. Dans ce contexte, la continuité du pouvoir est souvent perçue comme un rempart contre le chaos.
Mais cette stabilité est aussi une forme de verrouillage : centralisation du pouvoir, faible renouvellement des élites, et dépendance institutionnelle. Le risque est celui d’une stagnation politique, où la paix apparente masque une fragilité démocratique.
Essor économique : des progrès contrastés
Sur le plan économique, le Cameroun affiche une croissance modérée, portée par les secteurs de l’agriculture, des infrastructures et des télécommunications. Des projets comme le port de Kribi ou les barrages hydroélectriques témoignent d’une volonté de modernisation.
Cependant, les inégalités persistent, le chômage des jeunes reste élevé, et la gouvernance économique souffre de lenteurs administratives et de corruption. L’essor économique est réel, mais inégalement réparti et souvent freiné par le manque de transparence.
Démocratie enracinée ou façade électorale ?
Le Cameroun dispose d’institutions démocratiques : Conseil constitutionnel, élections régulières, partis politiques. Mais leur fonctionnement est souvent critiqué pour leur manque d’indépendance. L’enracinement démocratique reste superficiel, tant que les contre-pouvoirs sont affaiblis et que la société civile peine à jouer son rôle.
La réélection de Paul Biya illustre une démocratie de façade, où les formes sont respectées mais où le fond — la possibilité de l’alternance, la liberté du débat, la transparence — reste largement compromis.
La reconduction de Paul Biya pose une question centrale : peut-on parler de démocratie sans alternance réelle ? Si la stabilité politique et les avancées économiques sont des acquis, elles ne sauraient justifier l’érosion des principes démocratiques. Le Cameroun est à la croisée des chemins : renforcer ses institutions ou s’enfermer dans une continuité qui risque de scléroser son avenir.





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